Interview du vice-président des managers de centre ville Miloud SEBAA

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Nous sommes partis à la rencontre de Monsieur Miloud SEBAA qui est le Vice président du Club des Managers de Centre Ville et Manager du Commerce sur la ville de Malakoff. Nous avons souhaité l’interviewer afin de comprendre le fonctionnement du club ainsi que le rôle des Managers de Centre Ville. En quoi est-ce important pour les commerçants de travailler avec eux ? Quels sont leurs rôles ? Leurs missions ?

Monsieur SEBAA, pouvez-vous vous présenter, nous expliquer vos parcours ?

M.S. J’ai suivi un cursus universitaire et obtenu un DEA en économie, après mes études j’ai ouvert un restaurant, j’ai été commerçant pendant 20 ans. J’ai été président de l’association des commerçants sur la ville de Malakoff pendant 10 ans. Quelques mois après avoir vendu mon restaurant, j’ai pris le poste de Manager du Commerce. J’ai une expérience de plus de 30 ans dans le domaine du commerce. Je participe à des « colloques », des conférences.  Je suis intervenant pour les CCI et également professeur à l’école de Novancia pour les développeurs d’enseignes sur le management de centre ville. J’ai tout un parcours assez riche autour du commerce.

Pourquoi avoir crée un Club National ?

M.S. Il y a environ 12 ans, l’idée est partie de dire qu’il y a un nouveau métier qui nous vient des pays  anglo-saxons qui n’existait pas en France. Les collectivités locales ont compris qu’il était important de mettre une personne qui ait de l’expérience dans le monde du commerce et du management économique local qui serait l’interface entre le privé et le public. Notre travail consiste à réunir les commerçants, les sensibiliser sur des points réglementaires, de les informer au travers de réunions thématiques sur le numérique, l’accessibilité, le bail commercial…Tous les domaines susceptibles d’intéresser les commerçants et que celui-ci n’a pas le temps d’appréhender ni maitriser. Notre rôle, en dehors des diverses fonctions transversales du cœur de métier du manager et d’abord de redynamiser et de renforcer l’attractivité commercial de son territoire. De contacter des enseignes, faire les salons tels que Franchise-expo ou le SIEC salon de l’immobilier commercial et renforcer son réseau de connaissances dans le domaine. Même si le besoin n’est pas immédiat cela peut vous apporter une longueur d’avance le jour où vous mettez en place un projet.

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Comment fonctionne le Club ?

M.S. On est constitué en association loi 1901 avec une adhésion annuelle de 50€. L’idée de base est de partager nos expériences les uns avec les autres. Et de mettre un focus sur ce métier.

Qui sont vos adhérents ? Sont-ils uniquement des managers de centre ville ?

M.S. Les appellations de ce poste diffèrent en fonction de la ville, de la politique de celle-ci, de ce qu’elle attend de ce poste, des problématiques, des spécificités de la ville…Tout dépend du profil recherché pour ce poste. En fonction des villes, ils peuvent s’appeler des managers de centre-ville, des ambassadeurs du commerce, des managers du commerce,  des chargés de missions…Il y a énormément d’appellation. Tous ces profils qui travaillent autour du commerce local sont les bienvenus et  peuvent être adhérents du club national. L’appellation n’a aucune importance.

Quel est le profil de vos adhérents ?

M.S Il n’y a pas de restrictions, ce n’est pas seulement les personnes embauchées par des collectivités locales qui peuvent être adhérents de notre club. Des détachés de CCI ou même des profils du privé embauchés par des SEM (société d’économie mixte) sont les bienvenus.

Combien votre club compte t-il d’adhérent aujourd’hui ?

M.S. On compte autour de 120 adhérents, mais il existe plus de 500 managers de centre-ville et assimilés qui peuvent avoir des appellations diverses et variées comme nous avons pu en parler précédemment. Tous les gens qui font du commerce pour le compte d’une collectivité peuvent être adhérent du club.

Quel est le rôle du manager de centre ville ?

M.S. Le rôle du manager de centre ville est d’être l’interface entre le public et le privé. Le manager de centre ville est l’intermédiaire entre les commerçants qui sont des entités indépendantes et privées et les pouvoirs publics du territoire. Le commerçant ou le futur commerçant nous soumettra tous les problèmes auxquels il peut être confronté : Cession, accessibilité, bail commercial, éviction, … Nous sommes  le facilitateur et appui technique sur ces projets. Sur la ville de Malakoff nous avons mis en place un périmètre de préemption sur l’hyper centre. Ce qui signifie que tous les commerçants qui veulent céder leurs fonds ou droit au bail savent que la ville peut les préempter et vont faire la démarche d’avertir le manager en place. Ce qui nous permet de gérer notre stratégie commerciale. Nous sommes également une aide logistique et technique pour les associations de commerçants pour les accompagner dans la réflexion d’un plan d’animation, sur la réalisation d’un site Internet ou la mise en place de chèques cadeaux… Nous sommes en relation directe avec les commerçants de la ville, les porteurs de projets, les enseignes qui veulent s’implanter sur notre territoire. On travaille également avec la ville pour la TLPE (taxe sur les publicités extérieures) ; sur l’accessibilité, sur l’accompagnement des commerçants pour réaliser avec eux leur dossier d’ad’ap ou pour l’obtention d’une dérogation. Nous faisons partie de toutes les commissions transversales d’urbanisme, de voierie ou de projets de façon à intégrer la partie commerce. Nous sommes intégrés aux réunions quand la ville fait des animations culturelles et autres comme un vide grenier annuel, un Noël solidaire, la fête de la ville, les fêtes de Noël etc..

Est-ce qu’il existe une typologie des villes ou sont présents les managers de centre ville ? Petites villes, moyennes villes ou grandes villes ?

M.S. Les managers de centre ville sont plutôt présents sur des villes moyennes à partir de 10 000 habitants, mais on trouve aussi des managers dans de très grandes villes…. Les très grandes villes comme Paris ont un très fort service commerce mais ils n’ont pas de managers par arrondissement. Par contre à Lyon ou Marseille, ils sont plus de 5 managers sur la ville. Toulouse a un manager de centre ville qui dirige une équipe de plusieurs personnes.

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Qu’elle est la différence entre un manager de centre ville et un responsable de commerce dans une CCI ? Comment les distingue-t-on ?

M.S. Une CCI est censée travailler pour un département. Prenons par exemple la CCI du 92, elle regroupe 36 villes et donc elle intervient dans 36 villes différentes. Elle a des référents commerces chargés de travailler en collaboration avec les managers en place, mais dans certaines CCI particulièrement en province ces référents font le travail d’un manager et sont délégués directement pour des villes à plein temps, en cas de partenariat et de convention sur laquelle ils peuvent travailler ensemble. Par exemple, la CCI a des compétences pour vous délivrer des études spécifiques sur demande, mais ce n’est pas du management de ville.

L’activité du manager de Centre ville se concentre t’elle uniquement en centre ville ou peut –elle également exister en périphérie des villes ?

M.S. Effectivement, l’activité principale est concentrée autour de la place de la mairie qui se trouve être le « poumon commercial » dans une ville. Mais notre rôle est de s’occuper de tout son territoire, périphérie comprise et d’avoir une réflexion globale et d’éventuellement intégrer les problématiques qui peuvent impacter votre commerce même si elles se trouvent dans la ville voisine et de tenir compte de ce qui va engendrer une évasion commerciale.

Quelles sont vos limites par rapport à toutes ces missions ? Est-ce que votre voix est vraiment entendue par rapport aux élus de la collectivité ?

M.S. Le manager a un référent qui est l’élu chargé du commerce avec qui il travaille étroitement. Dans mon cas nous faisons des réunions téléphoniques ou physiques toutes les semaines pour faire un point sur notre travail. Le conseil municipal et le maire peuvent avoir aussi des avis sur le commerce, c’est un sujet qui est devenu stratégique pour les villes depuis quelques années. Nous avons institué une commission commerce trimestrielle et à laquelle assistent souvent différents élus. Chacun pouvant apporter sa pierre à l’édifice.

Vous avez constaté une situation sur le terrain et vous faites ensuite une proposition aux élus ?

M.S. Oui tout à fait, en fait le technicien c’est le manager. Mon métier est de me renseigner sur les réglementations et d’être à jour. On fait des réunions à la chambre de commerce avec tous les managers de centre-ville du département du 92 tous les mois. A ce moment on partage entre nous sur les dernières lois, on a des intervenants qui viennent. Avec la CCI, nous déterminons les thèmes de nos réunions utiles pour notre métier et on partage nos expériences. Chaque ville peut avoir des  problématiques particulières et au sein de ce genre de réunions on s’apporte mutuellement des réponses. Nous sommes force de proposition pour nos élus et c’est eux qui valident la stratégie mise en place. Personnellement je partage énormément avec mon élue sur les thèmes et stratégies, nous travaillons la main dans la main pour aller de l’avant.

Est-ce qu’un manager de centre ville est un doublon d’une association de commerçant ?

Pas du tout, une association de commerçants s’occupe de ses adhérents en premier lieu elle se charge de l’organisation de réunions et de fédérer l’ensemble sur des projets communs. L’association est particulièrement active sur la partie animation commerciale pour dynamiser le commerce (fête de noël, pâques, saint valentin, les chèques cadeaux, mis en place d’un jeu…). Un manager du commerce est sur des projets, sur des réglementations, sur la problématique de l’accessibilité par exemple. Il va intervenir sur des sujets de voieries, d’urbanisme sur des projets immobiliers ou sur une restructuration urbaine. Le rôle du manager est beaucoup plus transversal sur des sujets englobant plusieurs axes de la vie de la cité, nous façonnons commercialement une ville sur la durée. Notre travail, nos choix vont avoir un impact durable sur le commerce. Notre réflexion sur l’installation à un endroit ou un autre sont dictés par des raisons stratégiques pour la ville et le commerce local en général.

Est-ce qu’un manager de centre ville peut proposer des solutions liées aux nouvelles technologies pour ses commerçants ?

M.S. Absolument, nous sommes en train de mettre en place des ateliers thématiques. J’ai eu rendez-vous justement avec une école de cinéma qui fait du web, du graphisme, de la vidéo, du son et de l’image. Cette école est justement sur la ville de Malakoff, on a reçu le directeur avec la CCI du 92 et l’idée étant comment sensibiliser les commerçants sur le numérique. Sur le projet,  il y aura des étudiants sur la partie Web ce qui fait une connexion pour eux dans le cadre de leurs études et  l’association de commerçant de la ville pour signer un partenariat afin de développer un site actif ou on cherche à sensibiliser les commerçants sur les réseaux sociaux, sur une page facebook, sur comment se faire connaitre, il s’agit de l’axe primordial de demain. Si on ne sensibilise pas les commerçants indépendants sur le numérique, dans 10 ans il n’y aura plus de commerçants.

Quels conseils donneriez-vous à un commerçant qui va se créer ou qui est déjà créé depuis 10 ou 15 ans ?

M.S. J’ai réalisé une étude sur le numérique et le commerce et je me suis rendu compte que seulement 36% des commerçants avaient une adresse mail et moins de 10% des commerçants possèdent un site Internet. Donc l’idée est de tenir compte des commerçants qui sont en place qui ont en moyenne entre 50 et 60 ans qui vont partir à la retraite et de sonder les jeunes qui vont reprendre le commerce. Mon premier travail est de savoir qui ils sont et ou ils vont, en leur demandant : Est-ce que tu es sur Facebook ? Est-ce que tu as Twitter ? Est-ce que tu as un  site Internet ? Est-ce que tu as une adresse mail ? Qu’est-ce que tu consultes ? Qu’est-ce que tu regardes sur Internet ? C’est une première approche pour savoir si la personne qui va reprendre le commerce va prendre le pli ou sera dépassée au bout de 10 ans. C’est aussi à nous de les conseiller, de les mettre en garde sur la mutation du commerce et de les accompagner à changer à réorganiser la manière de travailler de leur prédécesseur. C’est plus la même chose,  il faut épouser son époque et travailler différemment.

Pour les commerces du petit détail de proximité il y’a plus de latitude, la boulangerie le poissonnier et le boucher continueront à être dans la proximité et le traditionnel mais très peu pour le reste du commerce.

Comment voyez-vous le commerce et la ville du futur ?

M.S. Je pense que demain on aura un commerce complètement différent avec un commerce physique très peu à l’image de celui d’aujourd’hui. Ce sera beaucoup de commerce avec du paiement sans contact, de la livraison en boutique des commandes connectées.

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A Propos de l'auteur

Rudy Brovelli et son équipe développent des solutions web auprès des commerçants depuis 2005. Notre objectif est de redynamiser le commerce local à partir de stratégies web to store.

Un commentaire

  1. BENAMEUR Cherif le

    Excellent cet article et très bien pense’…ça a change’ mon approche des problèmes ..
    Bravo ..

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